Après les attentats , reflexions

par Framboise et Chocolat  -  27 Janvier 2015, 18:30  -  #7-1-2015, #société, #politique

Quelques réflexions sur les mesures gouvernementales..

On demande à l'école l'impossible et on s'étonne qu'elle n'y arrive pas. Qu'elle doive instruire nos enfants bien sur. C'est sa mission première. Le terme semble suranné mais c'est loin d'être le cas. Comme le disait Socrate; instruire c'est accoucher ses élèves du savoir , ce n'est pas ( que ) transmettre (ce serait plus simple) ; l'élève doit s'approprier ce savoir pour le faire sien afin qu'il puisse devenir un adulte autonome.

Peut on instruire sans éduquer , en partie non. Une partie de l'éducation dite laïque , morale , est impartie à l"école..une partie de l'éducation au vivre ensemble en respectant des règles , bien sur. Mais l'école ne peut se charger de l'éducation à elle seule. Il faut redonner cette noble et difficile tâche aux parents, ils faut aussi leur faire confiance (rare sont les parents ne voulant le bonheur de leur enfant) ..les aider si nécessaire ;ce n'est certes pas si simple , mais c'est nécessaire. Bien définir ses rôles pour en finir avec un confusionnisme néfaste ne serait ce qu'aux dialogues entre parents et enseignants.

(textes ci dessous sur éducation/instruction)

Sur les mesures proposées par le gouvernement , je rejoins pour l'essentiel l'article de la Ligne des droits de l'homme. Heureuse que nous nous dirigions à priori pas vers un Patriot act à la française. Le bilan du patriot act étant plus que négatif...dubitative quand à l'efficacité de la mise dans des quartiers séparés des détenus « radicaux islamistes ». "Une telle mesure peut engendrer des situations insupportables au regard des droits élémentaires de ces personnes mais aussi les amener à se radicaliser encore plus. Dans le contexte de surpeuplement des prisons françaises, ce regroupement ne peut être abordé qu’avec prudence et en préservant les droits fondamentaux des prévenus." LDH

La France est régulièrement pointée pour les conditions de détention dans ses prisons.. Si le coté privation de liberté est rempli dans des conditions déplorables , le coté réinsertion est le parent pauvre de la mission qui incombe à l'administration pénitentiaire (Au 1er janvier 2000, on compte en moyenne pour 100 détenus 40 surveillants, mais 1 seul travailleur social. La composition du personnel est donc plus orientée vers la garde que vers la réinsertion 2)

E si l'amélioration des conditions de détention , une humanisation (qui n'exclut pas la privation de liberté) et des moyens pour que les agents puissent remplir leur mission de réinsertion permettraient aussi de lutter contre la radicalisation des détenus.

La LDH sera très vigilante sur la prochaine loi sur le renseignement. Elle est susceptible de comporter des mesures dangereuses pour les libertés sans contrôle et contre-pouvoir suffisants.

Toujours selon la LDH "Après avoir transféré le délit d’apologie du terrorisme dans le Code pénal de manière à abolir les garanties qu’offre la loi de 1881 sur la presse, le gouvernement envisage de faire de même en ce qui concerne la loi de 1972 contre le racisme. Les invraisemblables décisions rendues en comparution immédiate, et qui ont entraîné parfois des peines lourdes pour une divagation alcoolique, auraient dû amener le gouvernement à être plus prudent. La LDH considère que ce projet constitue un véritable danger pour la liberté de la presse et à la liberté d’expression. On ne lutte pas contre le racisme en portant atteinte à une autre liberté."

1: http://www.ldh-france.org/mesures-contre-terrorisme-approbation-partielle-rappel-aux-principes-vigilance-totale/

2:http://prisons.free.fr/reinsertion.htm

Définition Instruction

Si donc s’instruire consiste bien à acquérir des connaissances, on ne peut acquérir des connaissances qu’à la condition de les construire et c’est pourquoi instruire quelqu’un, c’est-à-dire travailler à ce qu’il acquière des connaissances, ne peut jamais consister à lui transmettre celles-ci : tout simplement parce qu’on ne peut transmettre une activité de construction. On peut seulement fournir certains des outils qui permettent de l’exercer et peut-être, mais c’est une autre histoire, éveiller en l’autre le désir de l’entreprendre.
Que la nature de l’instruction soit d’être une auto-construction, que le sens de l’instruction soit l’autonomie, voilà qui n’est une nouveauté ni pédagogique, ni épistémologique. Un double détour, une incursion dans l’œuvre de Platon, une excursion dans celle de Thomas d’Aquin nous permettront de nous en assurer. http://philo.pourtous.free.fr/Articles/A.Perrin/educationetinstruction.htm

Qu’on ne puisse s’instruire que par soi-même et que le dialogue qui oblige chacun à fonder ce qu’il dit soit le moyen privilégié de cette instruction, telle était déjà la leçon de Platon. En témoigne exemplairement ce passage de l’Alcibiade où Socrate demande à son interlocuteur de lui démontrer que ce qui est juste n’est pas toujours avantageux et où celui-ci se fait tirer l’oreille pour satisfaire à cette exigence :

Alcibiade : Voyons, parle.
Socrate : Réponds seulement à mes questions.
Alcibiade : Ah ! Point de questions, je t’en prie, mais parle, toi, tout seul.
Socrate : Eh bien quoi ? Ton souhait le plus ardent n’est-il pas d’être convaincu ?
Alcibiade : Oh, oui ! Assurément !
Socrate : Et n’est-ce pas quand tu déclareras : « il en est bien ainsi » que tu seras le plus pleinement convaincu ?
Alcibiade : Il me semble que si.
Socrate : Alors, réponds moi donc ; et si tu n’apprends pas de toi-même que ce qui est juste est avantageux, ne le crois jamais sur la foi d’un autre.[12]

Ce qu’Alcibiade attend de Socrate, en l’adjurant de monologuer devant lui, c’est ce qu’on appelle communément, et de façon inadéquate, un cours magistral : qu’on lui apporte la vérité toute faite, sur le modèle agathonien. Ce que Socrate essaie de lui faire comprendre, c’est qu’il n’y a pas d’autre moyen d’accéder à la connaissance que de penser par soi-même. Ce qui ne signifie évidemment pas que la vérité soit individuelle, mais qu’on ne peut avancer vers le vrai universel qu’au prix d’un effort personnel.

Définition Education

On peut voir désormais comment l’instruction et l’éducation se rejoignent dans leur finalité la plus haute qui est de rendre libre. Éduquer c’est élever, comme nous l’enseigne aussi l’étymologie. Certes educatio se rapporte d’abord à l’élevage des animaux : élever signifie alors nourrir ou engraisser. Le rapport entre l’éleveur et l’animal élevé s’apparente alors à celui du maître et de l’esclave puisque, dans les deux cas, le second est un simple moyen au service des intérêts du premier. Au contraire, élever un enfant c’est le faire grandir, non pour l’utiliser, mais pour qu’il puisse se passer de ses éducateurs et devenir autonome, c’est-à-dire se donner à lui-même la loi.
C’est pourquoi l’éducation ne peut consister à donner à l’enfant des habitudes grâce auxquelles il serait adapté à des situations sociales prédéterminées. Si c’était le cas, elle ne se distinguerait pas du dressage qui consiste à créer des réflexes conditionnels dont le déclenchement est utile non à l’animal lui-même, mais à ceux qui le dressent, et qui ne continueront à se déclencher que s’ils sont entretenus : par où l’animal dressé demeure doublement hétéronome.
L’homme, selon la fameuse formule de Kant, est le seul animal qui ait besoin d’éducation parce qu’il est le seul animal qui n’ait pas d’instinct, c’est-à-dire qui ne soit pas déterminé par la seule nature à être ce qu’il est : « Un animal est par son instinct même tout ce qu’il peut être ; une raison étrangère a pris par avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l’homme a besoin de sa propre raison. Il n’a pas d’instinct… »[14]. L’homme a besoin d’éducation parce qu’il a besoin de sa propre raison et parce qu’il est seulement raisonnable, c’est-à-dire capable de raison : raison en puissance, non raison pleinement actualisée. Éduquer consistera donc à faire passer cette puissance à l’acte.
Sans doute l’éducation comporte-t-elle un premier moment qui semble l’apparenter au dressage. Ce premier moment, purement négatif, est ce que Kant appelle la « discipline » et qui consiste à « empêcher que ce qu’il y a d’animal en eux (les hommes) n’étouffe ce qu’il y a d’humain (…). La discipline consiste donc simplement à les dépouiller de leur sauvagerie [15] ». Mais il ne s’agit pas seulement de combattre une passion (l’avidité) par une autre passion (la peur, par exemple) : l’animal dressé n’est pas « élevé », mais déterminé par l’action humaine autrement qu’il ne l’était primitivement par la nature. Pour élever l’enfant, c’est-à-dire pour faire naître l’homme en lui, il ne faut pas substituer une détermination sociale à une détermination naturelle, mais proposer à sa liberté les valeurs qui fondent la possibilité d’une vie humaine, valeurs qu’il pourra choisir d’autant plus librement qu’elles sont « celles qui sont nécessairement approuvées par chacun, et qui peuvent être en même temps des fins pour chacun [16] ». De telles fins, nécessaires et universelles, ne peuvent être que celles de la raison, donc les siennes, de telle sorte qu’en les choisissant, c’est lui-même qu’il choisira, c’est à lui-même qu’il décidera d’être fidèle. Mais à un tel choix, à une telle décision, nul dressage ne saurait le contraindre pour l’évidente raison qu’il serait contradictoire de contraindre une liberté.
Éduquer consiste donc à conduire de la nature à la liberté. C’est guider l’enfant vers cette maîtrise de soi qui lui permet de devenir lui-même en l’arrachant à la fois à l’aliénation naturelle et à l’aliénation sociale : à l’aliénation sociale puisqu’en l’éduquant on le rend capable de se passer d’éducateurs, autonome et indépendant des autres ; à l’aliénation naturelle puisqu’on l’aide aussi à s’arracher à la servitude de ses propres passions et à se gouverner lui-même en choisissant librement la raison, réalisant ainsi sa destination éthique.

http://philo.pourtous.free.fr/Articles/A.Perrin/educationetinstruction.htm

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