On ne vit pas trop mal avec le RSA » : vrai ou faux ? FAUX

par Framboise et Chocolat  -  25 Mars 2015, 15:49  -  #Anti-FN., #société

On ne vit pas trop mal avec le RSA » : vrai ou faux ? FAUX

Faux. Il n’est pas possible de vivre dignement avec le RSA aujourd’hui(1).

En 2013, les Français estiment qu’une personne seule doit disposer en moyenne d’un minimum de 1490 € par mois pour vivre dignement(Baromètre d’opinion 2013 de la DREES). En comparaison, le montant du RSA pour une personne seule est de 499 € mensuels en janvier 2014. Précisons de plus que dans les différents pays, le montant des minima sociaux ne suit pas l’évolution du coût de la vie. En Grande-Bretagne, le montant des minima sociaux a diminué de moitié depuis 1979 par rapport au salaire moyen (Research Paper RP13-1, “Welfare Benefits Uprating Bill”, Chambre des Communes, janvier 2013 et Oxfam, 2012, The Perfect Storm: Economic stagnation, the rising cost of living, public spending cuts, and the impact on UK poverty, Oxfam, 2012) .

Quelques chiffres font comprendre les difficultés auxquelles les familles aux plus faibles revenus sont confrontées, par exemple :

Pour ce qui est de la précarité énergétique, 3,8 millions de ménages ont un taux d’effort énergétique (part de l’énergie dans leur budget) supérieur à 10% et 3,5 millions déclarent souffrir du froid dans leur logement(« La précarité énergétique : avoir froid ou dépenser trop pour se chauffer », par Isolde Devalière, Pierrette Briant et Séverine Arnault, revue Insee Première, mai 2011).

On imagine bien que cette part a continué de grandir depuis(3). Face à cette augmentation, écrit la MRIE dans son dossier 2012, « Trois paramètres permettent de survivre : le recours aux associations et à l’aide alimentaire qu’elles distribuent qui n’est en fait qu’un complément de ressources en nature, le renoncement aux soins, aux vacances, à une vie relationnelle et enfin le recours au crédit. » Dans son rapport Ressources, crise et pauvreté de 2009, le Secours catholique analyse la situation budgétaire de 1 163 personnes ou familles rencontrées, pour en déduire que le solde de chacune est négatif en fin de mois après déduction des dépenses indispensables et conclure que d’autres dépenses ne peuvent être financées que par un endettement : frais de santé non-remboursés, entretien du logement et d’un véhicule, loisirs, culture, vacances, les imprévus (pannes, déplacements en urgence, sorties scolaires…).
Les familles en situation précaire paient souvent des biens ou des services à un prix à l’unité supérieur à celui que paient les autres familles. C’est le phénomène de « double peine » qui génère selon les études un manque à gagner de 500 € par an en moyenne pour une famille en situation précaire (voir Frédéric Dalsace, Charles-Édouard Vincent, Jacques Berger et François Dalens, Les pénalités de pauvreté en France : comment le marché aggrave la situation des plus pauvres, 2012 et Martin Hirsch, Cela revient cher d’être pauvre, éditions Stock, 2013). En Grande-Bretagne, ce manque à gagner est estimé à 1 280£ par an(The Poverty Premium: How poor households pay more for essential goods and services, Save the Children, 2007).

Souvent, des personnes pensent que certains « ne vivent pas trop mal avec le RSA » parce qu’elles surévaluent le montant des minima sociaux. En France, 35 % des personnes surestiment le montant du RSA(Baromètre d’opinion 2013 de la DREES). Au Royaume-uni, les gens surestiment d’un tiers le montant des aides sociales(YouGov/TUC Survey Results, 2012).

Voilà pour quelques aperçus chiffrés du quotidien des familles aux bas revenus. On peut ajouter à ces conditions de vie le poids des démarches à renouveler régulièrement pour obtenir des aides, les difficultés de santé, le stress des recherches d’emploi et de formation, le poids des préjugés à affronter… Tout cela pour, au bout du compte, ne pas parvenir à vivre dignement jusqu’à la fin du mois. Combien de familles évitent leurs voisins et leurs amis parce qu’elles ne peuvent pas même les recevoir pour un café ?(6)

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  • 1 Certains prétendent que c'est possible en cumulant aides sociales et travail au noir. Ils citent l'exemple d'un voisin au RSA qui... Mais des exemples ne font pas une généralité. Le travail au noir est par nature difficilement quantifiable. S'il était possible de l'évaluer plus précisément, on constaterait peut-être qu'il est pratiqué par toutes les couches de la société sous différentes formes et que, pour paraphraser le Conseil d'État au sujet de la fraude, « le travail au noir des pauvres est un pauvre travail au noir »
  • 2 Pour une mise en œuvre du droit à des moyens convenables d'existence. Analyse établie autour du concept de « reste à vivre », Comité national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE), juin 2012
  • 3 Pour garantir à chacun l'accès à ces services essentiels à un coût supportable, on pourrait instaurer une tarification progressive telle que le CNLE le propose dans ce rapport de juin 2012 en reprenant des analyses du rapport « Transformation des modes de vie, des comportements, et de la consommation » remis en février 2010 par ATD Quart Monde et la CLCV (Consommation, logement et cadre de vie) à Valérie Létard, secrétaire d'État auprès du ministre Jean-Louis Borloo
  • 4 Sondage CSA/Europ Assistance/Cercle santé société, cité dans Odenore, L’Envers de la « fraude sociale ». Le scandale du non-recours aux droits sociaux, Paris, Éd. La Découverte, 2012
  • 5 « L’espérance de vie s’accroît, les inégalités sociales face à la mort demeurent », N. Blanpain, revue Insee Première, n° 1372, 2011
  • 6 Le critère « pouvoir recevoir des parents ou amis pour boire un verre ou pour un repas au moins une fois par mois » est d'ailleurs un des critères que l'Insee utilise pour mesurer la « pauvreté en conditions de vie » (voir idée reçue n°1)
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